Thérèse Raquin d’Emile Zola

— Tu ne saurais croire, reprennait-elle, combien ils m’ont rendue mauvaise. Ils ont fait de moi une hypocrite et une menteuse… Ils m’ont étouffé dans leur douceur bourgeoise, et je ne m’explique pas comment il y a encore du sang dans mes veines… j’ai baissé les yeux, j’ai eu comme eux un visage morne et imbécile, j’ai mené leur vie morte. Quand tu m’as vu, n’est-ce pas ? J’avais l’air d’une bête. J’étais grave, écrasée abrutie. Je n’esperais plus en rien, je songeais à me jeter dans la seine… Mais avant cet affaissement, que de nuits de colère ! Là-bas à Vernon, dans ma chambre froide, je mordais mon oreiller pour étouffer mes cris, je me battais, je me traitais de lâche.  Mon sang me brûlait et je me serais déchirée le corps. À deux reprises, j’ai voulu fuir, aller devant moi, au soleil : le courage m’a manqué, ils avaient fait de moi une brute docile avec leur bienveillance molle et leur tendresse écoeurante. Alors j’ai menti, j’ai menti toujours. Je suis restée là toute douce, toute silencieuse, rêvant de frapper et de mordre. 

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